Gazprom augmente ses ventes à l’export en 2016 et par la même occasion sa dépendance à l’égard de l’Europe

20.02.2017

2016 aura été l’année de tous les records pour l’entreprise Gazprom. Le volume des exportations (essentiellement vers l’Europe et la Turquie) aura atteint 179,3 Gm3 (1). Cela surpasse les résultats de l’année 2015, qui avait déjà constitué une année record. Avec une hausse de plus de 12% en glissement annuel, les dynamiques positives à l’export semblent être plus qu’encourageantes.

La hausse des exportations s’explique avant tout par un hiver particulièrement rigoureux qui a stimulé la demande européenne (2), ainsi que par des prix du gaz russe attractifs qui ont suivi les prix du pétrole avec un décalage de six à neuf mois. Il faut rappeler que l’indexation des prix du gaz sur les produits pétroliers est encore très forte dans les contrats russo-européens. Il faut toutefois s’attendre à une sensible augmentation des prix en 2017 suite à la hausse des cours du pétrole, conséquence de l’accord trouvé entre la Russie et l’OPEP fin 2016.

La situation est pourtant loin d’être aussi simple qu’elle n’y paraît. Durant la même année, la production de Gazprom se sera élevée à 419,07 Gm3. Il n’y aura pas eu de hausse significative de la production (+0,5 Gm3 par rapport à 2015). Toutefois, les ventes sur le marché domestique auront baissé pour atteindre 200 Gm3. Cela constitue un autre record qui contraste avec les ventes de 2005 où la quantité de gaz vendu dépassait 300 Gm3. Les ventes domestiques sont de plus en plus sous pression et la concurrence des « indépendants » tend à croître au détriment de Gazprom.

La dévaluation du rouble aura été compensée par une hausse des exportations (en euros ou en dollars, la plupart du temps). Cela a joué en faveur de Gazprom grâce à un taux de change favorable à la partie russe. Il faut cependant que Gazprom maintienne ses parts de marché en Europe (environ 30%) pour que l’entreprise, dont les finances sont en rouble, puisse limiter les risques à court et moyen terme. L’autre priorité est la réduction des coûts suite à un besoin d’accroître les liquidités et de couvrir ses obligations. D’après un rapport publié par Gazprom, l’entreprise chercherait à lever 350 milliards de roubles (soit environ 6 milliards de dollars) à partir de la vente d'actifs en 2017 (3). Il n’est pas exclu que les emprunts puissent augmenter par la même occasion. D’après les estimations de Bloomberg, ils pourraient s’élever à 288 milliards de roubles. Force est de constater que l’entreprise gazière reste sous pression financière à l’heure où ses projets d’infrastructures qui visent à ouvrir de nouvelles routes à l’export se multiplient tant en direction de l’Asie que de l’Europe.

Le débat sur la dépendance de l’Europe à l’égard du gaz russe est un leitmotiv qui ne cesse de gagner en importance. Cela est d’autant plus fort en Europe de l’Est où la résistance aux interruptions d’approvisionnement est plus faible qu’à l’Ouest tandis que l’indice de concentration des fournisseurs y est bien plus élevé. Cette dérangeante impression de « dépendance » est à nuancer, voire dédramatiser, dans la mesure où elle est largement compensée par une hausse de la dépendance de Gazprom à l’égard de ses marchés à l’export, à commencer par l’Europe.

(1) Gazprom Press Release, 9 January 2017, “Gazprom’s gas exports to Europe hit an all-time high for the gas industry in 2016, totaling 179.3 billion cubic meters”. www.gazprom.com/press/miller-journal/232849/
(2) Cela confirme le renforcement de la saisonnalité des ventes.
(3) Gazprom Press Release, December 19, 2016, “Gazprom Board of Directors approves Investment Program, budget, and cost reduction program for 2017”. www.gazprom.com/press/news/2016/december/article296813/