Étude sémantique du discours poutinien

07.02.2019

Le discours poutinien est conçu de façon à toucher divers types de publics, tout en indiquant les grandes orientations de la politique intérieure et étrangère. De plus, par la variété des « représentations de soi », Vladimir Poutine s’efforce de donner à son discours un caractère universaliste et crée des particularités de sens, reprises ensuite par les élites politiques et les médias.

Nous avons choisi d’étudier le discours de Vladimir Poutine dans les conférences de presse et les interviews. Même si la plume des rédacteurs de discours s’y fait moins sentir que dans ceux prononcés en public avec un support papier, ce type de communication nécessite néanmoins une préparation. Par ailleurs, le discours poutinien est reconnaissable à ses particularités stylistiques qui ne changent guère d’une année sur l’autre. Cela témoigne d’une certaine implication personnelle dans la mise au point des interventions, même si, globalement, elles ont été le fruit d’une réalisation collective des plumes de l’administration présidentielle (1).

Dans cette situation de communication, l’élément variable reste le destinataire, qui conditionne la finalité du propos. Lors des interviews et conférences de presse, le public physiquement présent est constitué en majorité de journalistes russes ou étrangers. Le format des « Lignes directes avec le Président » (3) ou des débats du « Club de Valdaï » (2) suppose, outre les journalistes, la présence parmi le public d’hommes politiques russes et étrangers, de représentants des divers groupes socioprofessionnels russes.

En dehors des questions particulières, il ressort de l’analyse du corpus deux blocs thématiques qui constituent la toile de fond du discours poutinien. Il s’agit, d’une part, du passé soviétique et de sa projection sur le présent en tant que modèle pour l’État contemporain et la société, avec leurs valeurs et leurs intérêts, que le pouvoir cherche à promouvoir auprès de la population russe et devant les interlocuteurs étrangers. Il s’agit, d’autre part, de positionner la Russie face au monde extérieur, dont les représentations fluctuent au gré de l’agenda géopolitique.

VLADIMIR POUTINE EST-IL NOSTALGIQUE DU SOVIÉTIQUE ?

De nombreux observateurs et journalistes occidentaux proposent une grille de lecture des discours poutiniens centrée principalement sur la nostalgie du « maître du Kremlin » pour le passé soviétique. Ce modèle d’interprétation infère de potentielles visées impériales de Vladimir Poutine, qui, à l’instar de la plupart des Soviétiques, après des déceptions liées à la dislocation de l’URSS, aspire à l’élargissement de l’influence géopolitique de la Russie et à l’extension de ses frontières géographiques. L’annexion de la Crimée et la guerre dans le Sud-est de l’Ukraine servent généralement d’exemples de la politique expansionniste de la Russie d’aujourd’hui.

D’une manière générale, les présupposés des médias occidentaux partent de deux citations du président sur l’URSS, utilisées comme postulats pour l’interprétation du discours et le commentaire de l’action politique russe. La première est presque devenue une expression figée : « Celui qui ne regrette pas la désagrégation de l’URSS n’a pas de cœur, celui qui souhaite sa reconstitution sous la même forme n’a pas de tête » (4).

La seconde citation : « La désagrégation de l’URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du siècle », est tirée de l’Adresse annuelle du président à l’Assemblée fédérale, au début de son second mandat, en 2005. Cette phrase a également fait l’objet de nombreuses interprétations en Occident, où l'on y a vu des signes de nostalgie, chez « l’ancien colonel du KGB », de l’empire soviétique déchu. Paradoxalement, la phrase tirée du discours de 2005 a été souvent reprise dans des interviews et conférences de presse, où Vladimir Poutine proposait des commentaires et explications aux médias (5), en renvoyant au contexte de 2005. Cette phrase employée dans une tournure concessive exprimait notamment le caractère « humanitaire » de la catastrophe, ce qui était une prémisse pour un argumentaire concluant sur la volonté de la Russie de s’orienter vers le système « des idéaux de la liberté, des droits de l’homme, de la justice et de la démocratie »(6). Ce n’est donc pas tant la nostalgie de l’URSS ou les visées impériales de la Russie que véhicule ce propos, que le souhait de revaloriser le concept de démocratie, en tentant de justifier et de dépasser ses connotations dégradées par les bouleversements politiques et économiques des années 1990.

Qu’en est-il de la revalorisation du passé soviétique dans le discours poutinien ? L’appel à la mémoire du soviétique se fait notamment dans deux types de situations. D’une part, il s’agit pour Vladimir Poutine de ne pas se positionner en détracteur inconditionnel du passé, qui rejetterait par principe toute chose ayant trait au régime soviétique. Si le dirigisme économique et le dogmatisme idéologique soviétiques sont généralement dénoncés, certaines valeurs sociales sont données en exemple. Le « Code moral du constructeur du communisme » (7) est ainsi souvent associé aux préceptes de l’Évangile comme porteurs de valeurs humanistes universelles. Dans le même temps, il s’agit d’invites non à constituer un nouveau texte moralisateur, mais plutôt à créer un ensemble de règles qui complèterait le cadre légal existant, sans être directement rattaché à un système de sanctions. La recherche de l’expérience positive dans le passé soviétique passe également par l’évocation des valeurs de la vie saine et l’apologie de la pratique des sports, avec comme exemple la DOSAAF (8). Dans ces suggestions, pourtant, Vladimir Poutine se garde d’évoquer le rôle que pourrait jouer l’État, préférant mettre en avant l’initiative citoyenne qui devrait être promue dans ce type de projets.

Par ailleurs, les références au passé soviétique servent à créer des connivences avec le destinataire russe ayant connu l’URSS. La solidarisation avec le public se fait par le recours aux stéréotypes renvoyant à la culture de masse et à la vie quotidienne soviétiques dans leurs aspects positifs. Le recours aux stéréotypes sous des formes diverses, formules, proverbes, aphorismes, ne se limite d’ailleurs pas uniquement à l’époque soviétique. Les références au soviétique sont des éléments constitutifs des divers procédés qui renforcent les stratégies discursives poutinennes, que ce soit l’argumentation ou la solidarisation avec le public ou encore l’autoreprésentation.

Les références à l’URSS contribuent à constituer un ethos d’esprit ou d’humanité. Ainsi, une citation tirée d’une comédie soviétique connue permet à la fois d’illustrer l’idée d’une manière métaphorique, de faire preuve d’humour et de se mettre au niveau du public. En somme, l’usage des stéréotypes se référant au soviétique vise à souligner l’appartenance à une identité collective. Celle-ci est fondée à la fois sur les éléments positifs de la mémoire que véhiculent les stéréotypes et sur les moments douloureux de la rupture des années 1990.

La mémoire du passé soviétique est invoquée dans une optique comparative, soit pour formuler des critiques vis-à-vis de l’opposition en Russie ou des « partenaires occidentaux », soit pour se mettre en valeur (9). Les aspects négatifs du passé ne sont donc pas entièrement occultés dans le discours. Ils sont réactualisés sous forme de clichés. Ainsi, c’est par un recours aux stéréotypes, notamment concernant la gouvernance soviétique, pléthorique et inefficace, qu’est mise en valeur la gouvernance russe actuelle. Mais le parallèle entre le fonctionnement des institutions soviétiques et européennes est au détriment des secondes.

La prise de distance vis-à-vis du soviétique dans le discours poutinen se fait à plus forte raison dans les représentations de la révolution bolchevique de 1917. Des références à cet événement peuvent être trouvées dans des propos datant de 2000, bien avant les révolutions « de couleur » dans l’espace postsoviétique et les commémorations récentes du centenaire de la révolution russe. D’une manière générale, ces représentations n’ont pas subi de changements dans le discours du président, qui a toujours situé la révolution dans le domaine de l’irrationnel et du chaos, opposé à celui de la stabilité et de l’évolution, dont se revendique le pouvoir contemporain.

Les représentations du soviétique dans le discours poutinien sont donc davantage un outil multifonctionnel que le signe de la nostalgie de l’empire disparu. Cet outil est manié différemment en fonction de la situation de communication, du public et du contexte des propos. Paradoxalement, la distanciation du soviétique est incorporée dans les stratégies discursives pour démontrer la légitimité du pouvoir russe, pourtant critiqué par l’Occident pour ses pratiques autoritaires, donc « soviétiques ». C’est également un point de repère dans l’autoreprésentation et un moyen permettant de se positionner et de s’identifier au public. Enfin, certains stéréotypes du monde soviétique sont instrumentalisés pour porter atteinte à la crédibilité des adversaires. Ils peuvent s’appliquer tant à l’opposition libérale russe qu’aux pays occidentaux. L’Autre occidental, dont les représentations évoluent avec le temps en alternant compréhension et méfiance, semble être aussi un point de repère dans l’auto-identification du pouvoir russe.

LA RUSSIE ET L’OCCIDENT – UNE MÉFIANCE PARTAGÉE ?

On constate, tout d’abord, l’omniprésence dans le discours de cet Autre dont l’Occident au sens large est la principale incarnation. Cela n’a rien de surprenant, compte tenu de l’histoire des relations entre la Russie et l’Occident, inscrite dans le paradigme de l’opposition entre tradition et modernité. La notion d’étranger a toujours exercé une influence importante sur la langue et la culture russes. Depuis le Temps des Troubles au XVIIe siècle, l’Autre occidental apparaît dans les représentations discursives comme un modèle, qu’il soit positif ou négatif. Dans un cas, il s’agit de se conformer au modèle pour participer à l’universalité. Dans l’autre, il faut affirmer son altérité et refuser les apports étrangers.

Depuis ses premières interviews aux médias russes et occidentaux, Vladimir Poutine cherche des points d’équilibre entre les deux types de représentation. Le degré de proximité vis-à-vis de l’Occident peut varier en fonction de la situation et du contexte. Les pays occidentaux ne sont d’ailleurs pas traités comme un bloc uniforme. Une distinction assez nette est faite entre l’Union européenne et les États-Unis, sans pour autant privilégier explicitement l’une ou les autres. Certes, la thèse d’une Europe élargie allant de Lisbonne à Vladivostok est récurrente dans le discours poutinien, alors que les allusions au « grand frère » deviennent plus fréquentes ces quatre dernières années (10). Avec les conflits en Ukraine et en Syrie, les États-Unis sont plus directement accusés d’ingérence, dans la continuité du discours de Munich de 2007, point de départ de l’expression explicite des divergences géo- politiques. Toutefois, les représentations de l’Occident s’expriment toujours à l’aide d’un vocabulaire économique prétendant à une certaine neutralité et un relatif pragmatisme. Dans le discours poutinien, la Russie établit des rapports avec des « partenaires », parfois « amis », ou, dans certains cas, des « concurrents ». Il ne s’agit donc pas tant d’affrontement dans ces rapports que de la recherche de la « compétitivité », signe de leur caractère « civilisé » (11).

En revanche, la distanciation commence à se faire plus nette sur les questions identitaires. Cela concerne notamment les évocations de la similitude ou de la distinction des valeurs russes et occidentales. D’une part, Vladimir Poutine souligne leur caractère universel, en rappelant leur origine chrétienne et, dans une moindre mesure, la source que constitue la philosophie des Lumières. De l’autre, les soi-disant entorses que font subir à ces valeurs les pays occidentaux sont pointées pour marquer la différence de leur perception en Russie et en Occident.

La position de Vladimir Poutine évolue entre deux pôles de valeurs, libéral et traditionnel, en fonction du contexte politique global à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Toutefois, ces louvoiements ne donnent pas pour autant à ses propos un caractère opportuniste. D’une part, nous y avons relevé la mention fréquente des valeurs libérales : liberté, démocratie, propriété privée... Ces mots s’accompagnent le plus souvent de verbes sémantiquement attachés à la notion de « lutte », ce qui lui permet de poser son action en opposition aux antivaleurs. Vladimir Poutine se présente parfois en exégète des valeurs libérales, dont il adresse les définitions principalement au destinataire occidental, tout en envoyant des illustrations concrètes à son public russe. D’autre part, le discours poutinien comporte des représentations de valeurs traditionnelles ou spécifiquement « russes ». Il justifie leur place parmi les valeurs universelles par l’opposition de ces valeurs « russes » à la vision du monde occidentale. Par là même, c’est le statut dominant de l’Occident dans la représentation et la promotion de l’universalité qui est mis en cause. Il semble y avoir une tentative d’éviter la simplification, qui entraînerait aussitôt l’étiquetage des discours en « occidentalistes » et « slavophiles », dans la droite ligne dichotomique historique russe. Le discours de Vladimir Poutine cherche donc à répondre à une gamme assez large d’opinions, qu'il parvient à réunir dans une sorte de centre idéologiquement modéré, donnant une impression d’unité au sein du pouvoir comme dans la société.

D’une manière générale, le message sur les valeurs à destination extérieure se veut informatif et explicite. Dans le cas des références au passé soviétique, il s’agit d’expliquer la différence entre la Russie contemporaine et le passé, afin de déconstruire les clichés et jugements unilatéraux de l’Occident. L’explicitation de la différence entre les valeurs russes et occidentales se fonde sur l’opposition historique entre le collectif et l’individuel dans la mentalité des Russes. La représentation du collectif en tant que trait identitaire majeur du caractère national s’effectue davantage dans le message destiné au public russe, supposé adhérer en majorité à ce point de vue. Pour le destinataire extérieur, cela prend la forme d’une simple constatation de la différence, que celui-ci est libre d’accepter ou de rejeter (12).

Quel que soit le contexte, le positionnement de Soi par rapport à l’Autre occidental prend, de manière récurrente, la forme de comparaisons. Les parallèles entre la Russie et l’Occident se construisent principalement dans le discours sur l’organisation institutionnelle, sur les politiques économiques et sociales et, plus récemment, dans la sphère militaire à propos des exercices des forces armées, des opérations en Syrie ou encore des problèmes de cyber-sécurité (13). En fonction des objectifs, ces comparaisons peuvent être divisées en trois types : celles qui valorisent explicitement la Russie par rapport aux Occidentaux ; les parallèles neutres avec une mise en valeur implicite de la Russie, qui aurait les mêmes qualités ou défauts que l’Autre ; enfin des comparaisons, plus rares, en faveur de l’Occident présenté comme un exemple à suivre.

Dans ces trois cas, il s’agit de l’expression des différents degrés d’opposition à l’Autre dans la mesure où le Soi est représenté par rapport à l’Autre sous un angle positif, neutre ou négatif. Le degré d’opposition varie, en se réduisant, depuis la constitution de « son » cercle, excluant l’Autre, jusqu’à la comparaison au bilan négatif, donnant lieu davantage à une association qu’à une opposition. Le dénominateur commun entre ces diverses figures est la recherche de sa propre légitimité, à travers une mise en valeur de Soi visant principalement le public russe.

La vision de l’Autre n’est pas uniforme et ne comporte pas que des représentations polaires. En effet, la figure dominante de l’Autre est incarnée par les pays occidentaux qui ne sont pas tous logés à la même enseigne. En fonction du contexte extralinguistique, il peut y avoir l’expression d’une opposition ou d’une solidarité vis-à-vis de l’Occident. En outre, à cette figure complexe de l’Autre occidental s’ajoute l’Autre interne – l’opposition politique au pouvoir, représentée souvent en association avec l’Occident-concurrent, plutôt qu’avec l’Occident-partenaire.

Dans les messages à visée externe, les exemples de la mise en valeur de Soi par rapport à l’Autre occidental-concurrent ou partenaire, reflètent la volonté de Vladimir Poutine de toucher directement le destinataire final, à savoir les « gens simples », consommateurs des médias occidentaux. Il cherche ainsi à contourner dans la mesure du possible la médiation des journalistes, souvent soupçonnés de vouloir déformer le discours d’origine en l’adaptant à leurs modes de représentations de la Russie et de ses dirigeants. Cependant, le destinataire interne n’est jamais perdu de vue, ce qui peut s’expliquer par le fait que ce type de procédés vise la construction d’ethos dominants. Ainsi, la posture de chef souverain est projetée sur les deux types de destinataires, russe et occidental, tant pour la constitution des cercles d’amis ou d’adversaires, que dans les constructions comparatives.

En se positionnant face à l’Occident, Vladimir Poutine se garde donc des démonstrations ouvertes de méfiance ou d’hostilité sans compromis. Les incitations à la recherche de points de convergence alternent avec des accusations formulées sous forme de raisonnements comparatifs (14). Il en ressort l’image d’un chef d’État dont la confiance est souvent trompée par ses « partenaires ». Cela n’empêche pas, toutefois, d’accentuer l’ethos de souveraineté qui se construit à partir de l’opposition à l’Autre sous toutes ses formes, et qui est destiné en priorité au public russe. Les comparaisons dans les constructions argumentatives de Vladimir Poutine donnent lieu aux ethos de caractère et d’intelligence mis en avant pour le destinataire externe, et a fortiori interne. Enfin, la figure de l’aveu est moins fréquente dans son discours, et elle est adressée exclusivement au public interne, dans le but de représenter un ethos de courage, mais aussi pour compléter l’ethos d’intelligence, dans la mesure où savoir reconnaître ses faiblesses témoigne de la capacité de l’esprit et du potentiel de l’action à corriger ses erreurs.

CONCLUSION

La production de sens dans le discours poutinien s’articule ainsi par rapport à deux axes permettant de construire une identité du pouvoir. Certains éléments de ces deux dimensions, soviétique et occidentale, sont acceptés, d’autres rejetés. Une certaine récurrence de la mise en valeur du soviétique et de la critique de l’occidental, relevée ponctuellement et parfois à juste titre par les observateurs étrangers, ne semble pas, toutefois, suffisamment caractéristique du discours de Vladimir Poutine, dans lequel cette polarité des représentations se trouve plus nuancée, voire renversée.

Sur le devant de la scène politique depuis dix-huit ans, Vladimir Poutine est amené à ménager deux types d’imaginaires socio-discursifs (15) : celui de la tradition et des origines identitaires du passé, et celui de la modernité, dont l’Occident reste la principale incarnation. Cette stratégie le conforte dans sa stature de « monarque postmoderne », dont les productions discursives sont à même de répondre aux attentes de publics divers. Il parvient de cette façon à valoriser tantôt la modernité et ses composantes, économiste ou technologiste, tantôt la tradition. Or, dans l’imaginaire de la tradition, les représentations de la menace s’appuient sur ses manifestations extérieures, tant sur le plan politico-économique que dans le champ idéologique. Ainsi, la référence à la tradition se renforce dans le discours présidentiel depuis 2014, dans le contexte de la crise ukrainienne.

En dépit de cette tendance, les tentatives de conjuguer le particulier à l’universel à travers les appels aux divers types d’imaginaires traduisent une volonté de légitimer un modèle d’État-Nation modernisé, réactualisé et articulé à la vision d’un monde multipolaire. Vladimir Poutine s’efforce de produire un discours dans lequel ce modèle souverainiste se présente dans un équilibre entre deux types d’imaginaires, sous des traits attractifs pour le public russe, qui doit être rassuré par l’idée que « l’autosuffisance » de la Russie n’est pas synonyme de son isolement du « monde civilisé ». Ce modèle est, en outre, exposé au destinataire occidental, que l’on cherche à persuader de la légitimité de la différence et de la possibilité de concilier particularisme et universalité.

1. Ekaterina Korinenko, Ioulia Makarova, Alexeï Naoumov, « Dali slovo » [On a donné la parole], Lenta.ru, 11 janvier 2017, https://lenta.ru/articles/2017/01/11/meet_the_writer/

2. Priamaïa linia s Prezidentom, ces séances de questions-réponses avec le public sont organisées annuellement par plusieurs chaînes de télévision russes depuis 2001.

3. Mejdounarodny diskoussionny kloub Valdaï, forum international annuel lancé en 2004 à Novgorod. Vladimir Poutine y intervient tous les ans sous forme de séances d’entretien-débat avec le public.

4. Entretien avec Vladimir Poutine, 16 décembre 2010, http://2010.moskva-putinu.ru/

5. Interview accordée par Vladimir Poutine à Europe1 et TF1, 4 juin 2014, http://www.kremlin.ru/transcripts/45832

6. Adresse à l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie, 25 avril 2005, http://kremlin.ru/events/president/transcripts/22931

7. Moralny kodeks stroitelia kommounizma, adopté par le XXIIe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique en 1961.

8. Société bénévole d’assistance à l’armée, l’aviation et le sport. L’abréviation DOSAAF, utilisée pour nommer plusieurs associations soviétiques réunies en 1951, a été modifiée en 1991 et réintroduite en Russie en 2009.

9. Valéry Kossov, « Les vestiges soviétiques dans le discours politique russe contemporain », in Pascale Melani (dir.), Que reste-t-il de l’Union soviétique dans la Russie d’aujourd’hui ?, Revue russe, n° 41, 2013, pp. 13-28.

10. Vladimir Poutine, Conférence de presse sur la situation en Ukraine, 4 mars 2014, http://kremlin.ru/transcripts/20366

11. L’analyse quantitative du discours met en lumière la préférence de Vladimir Poutine pour ces mots clefs fréquemment utilisés dans le contexte géopolitique ou géoéconomique.

12. Vladimir Poutine, Interview, Russia Today, 11 juin 2013, http://www.kremlin.ru/news/18319

13. Vladimir Poutine, Interview, NBC, 10 mars 2018, http://kremlin.ru/events/president/transcripts/57027

14. Vladimir Poutine, Conférence de presse, 18 mars 2018, http://kremlin.ru/events/president/news/57085

15. Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, Seuil, Paris, 1975.