L’embellie dans les relations bilatérales russo-ouzbékistanaises se confirme

21.12.2017
L’année qui est en train de s’achever a été le témoin de plusieurs épisodes notables dans les relations russo-centrasiatiques. La récente visite officielle du Premier ministre russe en Ouzbékistan est l’un de ceux-là. Ainsi, le 2 novembre dernier, Dmitri Medvedev se rendait à Tachkent, où il s’entretenait avec le président de la République Chavkat Mirziïoïev, puis avec le Premier ministre Abdoullah Aripov. Les deux chefs de gouvernement participaient ensuite à la cérémonie de signature de plusieurs contrats, dont on retiendra principalement l’accord-cadre conclu entre Gazprombank et Ouzbekneftegaz (financement de 500 millions de dollars dans la création d’une raffinerie dans la province de Djizak, dans l’Est de l’Ouzbékistan), le projet d’investissement mené par le géant russe des matériaux de construction Eurocement (construction d’une cimenterie pour un coût de 160 millions de dollars), ou encore l’accord de partenariat nucléaire civil scellé entre Rosatom et l’Académie des sciences d’Ouzbékistan.

Dans l’ensemble, la visite officielle du Premier ministre russe en Ouzbékistan a été placée sous le signe d’un redémarrage des relations bilatérales entre deux pays dont les tensions récentes ont pu faire oublier qu’ils restaient unis par un partenariat stratégique (depuis le 14 novembre 2005). À cet égard, elle s’inscrit dans la droite ligne du sommet présidentiel qui s’était tenu le 5 avril dernier au Kremlin. Le premier déplacement de Chavkat Mirziïoïev hors d’Asie centrale avait alors abouti à la signature d’une cinquantaine d’accords pour une valeur cumulée de 16 milliards de dollars.

Depuis plusieurs mois, les relations russo-ouzbékistanaises connaissent une dynamique indéniablement positive. Ainsi, sur le plan économique, selon le quotidien Rossiïskaïa Gazeta (pro-gouvernemental), les échanges entre Moscou et Tachkent ont crû de 21% entre janvier et août, pour s’établir à 2,1 milliards de dollars. Les exportations russes vers l’Ouzbékistan ont augmenté de 15,9%, et celles de l’Ouzbékistan à destination du marché russe, de plus de 33%. Sur le plan énergétique, le 5 avril, Gazprom a conclu un contrat d’achat de gaz naturel de 2,5 milliards de dollars avec Ouzbekneftegaz. Cet accord constitue un événement majeur à plus d’un titre : c’est la première fois que le géant russe s’engage avec un opérateur ouzbékistanais sur une période supérieure à un an – l’accord prévoyant en l’espèce la livraison de 4 milliards de m3 annuels de gaz sur cinq ans, à compter de 2018. Plus globalement, cela confirme la volonté de la Russie, entrevue en 2016, d’imposer l’Ouzbékistan comme son nouveau fournisseur d’or bleu en Asie centrale au détriment du Turkménistan (le premier assumant sur l’année la livraison de 6,2 milliards de m3 de gaz naturel à Moscou quand le second fermait les vannes, en raison d’un conflit opposant Gazprom à Turkmengaz quant à la fixation du prix). L’annonce, suite à la réunion tenue par MM. Medvedev et Aripov le 28 mars à Moscou, de la reprise des exportations pétrolières russes vers l’Ouzbékistan – à raison de 200 000 tonnes annuelles livrées par Lukoil via le territoire kazakhstanais – n’interdit pas non plus de penser que le contrat gazier du 5 avril dernier s’inscrive dans une logique d’échange. Sur le plan militaire, enfin, et pour la première fois depuis septembre 2005, la Russie et l’Ouzbékistan ont organisé des exercices conjoints. Du 3 au 7 octobre, plus de 400 soldats russes et ouzbékistanais ont procédé à des manœuvres militaires au sein du polygone de Forich, dans la province de Djizak. En somme, le constat dressé par Dmitri Medvedev durant sa visite en Ouzbékistan – « l’intensification des contacts s’est effectuée dans pratiquement tous les domaines » – sonne particulièrement juste.

L’élection de M. Mirziïoïev à la présidence de la République le 4 décembre 2016 fait souffler un vent d’ouverture économique sur l’Ouzbékistan. Les réformes entreprises – dont on peut mentionner la levée des restrictions sur les changes extérieurs et celle des droits de douane à l’export, respectivement actées en septembre et en décembre 2017 – sont destinées à stimuler les échanges commerciaux et à refaire de l’Ouzbékistan un partenaire attractif et fiable aux yeux des investisseurs étrangers. Le successeur d’Islam Karimov s’efforce d’ouvrir l’une des Républiques postsoviétiques les plus autocentrées depuis son indépendance acquise le 31 août 1991. Son ancienne puissance tutélaire, la Russie, a naturellement vocation à profiter de la toute nouvelle volonté de « libéralisation » affichée par Tachkent. Mais Moscou aura fort à faire, face à la concurrence de Pékin (dont le pharaonique projet des Nouvelles routes de la Soie concernera au premier chef l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kirghizstan), d’Ankara et de Séoul, trois capitales que Chavkat Mirziïoïev a récemment visitées.