" Signal faible " : vers un nouveau foyer de tensions dans le Caucase?

28.01.2019

Les faits. Le 22 janvier, des représentants du Daghestan et de la Tchétchénie se sont rencontrés à Makhatchkala afin de discuter de la frontière administrative entre les deux républiques nord-caucasiennes. Des groupes de travail ont été mis en place, la question devant être bouclée d’ici la fin de l’année selon les autorités des deux « sujets » de la Fédération de Russie.

Rappel historique. En février 1944, l’ensemble des Tchétchènes sont déportés en Asie centrale sur ordre de Staline. Au Daghestan, plusieurs villages du district d’Aoukhovski – qui sera dissous – sont concernés. Les autorités soviétiques y favorisent l’implantation de représentants d’autres ethnies du Daghestan, en particulier d’Avars et de Laks. En 1957, les Tchétchènes commencent à rentrer, ce qui entraîne des tensions avec les nouveaux occupants des lieux.

Contexte politique. Durant l’été 2017, des heurts éclatent entre Tchétchènes et Avars dans le village de Leninaoul, rattaché jusqu’en 1944 au district d’Aoukhovski, dont les Tchétchènes locaux demandent la reconstitution dans ses frontières historiques. En septembre dernier, des centaines d’Ingouches manifestent pour contester un accord négocié entre Magas et Grozny qui prévoit le transfert à la Tchétchénie de plusieurs dizaines de kilomètres carrés.

Enjeux et risques. Alors que le président tchétchène Ramzan Kadyrov semble en mesure d’obtenir tout ce qu’il convoite (y compris de la part d’acteurs fédéraux de premier plan comme Rosneft et Gazprom), des craintes se font jour au Daghestan sur de possibles scénarios irrédentistes. À ce stade, Grozny n’a formulé aucune revendication territoriale, mais le « précédent » ingouche et l’implication du président tchétchène dans les événements de l’été 2017 à Leninaoul alimentent les doutes. Or un redécoupage de la frontière entre le Daghestan et la Tchétchénie est un scénario qui pourrait aboutir à des violences, dans une région fragile où les habitants sont armés.

À suivre. La position du Kremlin, qui, ces dernières années, a donné l’impression de ne pas toujours contrôler le président tchétchène Ramzan Kadyrov. La crédibilité du chef du Daghestan, Vladimir Vassiliev, un ancien haut-responsable de Russie unie à la Douma d’État issu du ministère de l’Intérieur, est également en jeu, alors qu’il est engagé depuis sa nomination, à l’automne 2017, dans une vaste campagne anti-corruption qui lui vaut de solides inimitiés parmi les clans locaux.